mardi 22 septembre 2009

Quelques points forts d’une conversation avec un ami géologue cubain.

« Le pays ne s’en sortira pas s’il continue dans cette voie. Les idées et valeurs de la Révolution sont très belles, je crois à la Révolution et au sens qu’elle a voulu donner, aux apports qu’elle a eus, aux progrès qu’elle a permis. Mais ici, maintenant, ils ne marchent plus. Ceci n’est pas – n’est plus – une révolution socialiste.
Les jeunes Cubains aujourd’hui ne veulent qu’une chose : s’en aller, quitter le pays. Comment expliquer qu’un médecin, pour vivre décemment, doit travailler comme chauffeur de taxi pendant la nuit après ses journées de travail ? Que quelqu’un qui ouvre les portes dans un hôtel gagne 15 fois plus qu’un professeur d’université, qu’un chirurgien, qu’un ingénieur ? Le problème, c’est que beaucoup de gens ne savent même plus comment vivre. Avec un salaire moyen (environ 20 dollars), on tient une semaine, deux en se serrant la ceinture. Le rationnement en denrées de base par l’Etat ne suffit pas, en quantité, à la couverture des besoins de base. La médecine et l’enseignement gratuit ? tout cela est en crise. On manque de profs dans les écoles, on manque de médecins et de matériel dans les hôpitaux. Si tu as une appendicite, on te soignera, avec les meilleurs professionnels de la santé, tu seras sortie en une heure, tu ne payeras pas un centime. En effet. Mais si tu es malade d’une maladie qui dure, si tu as besoin d’un suivi médical régulier, tu es mal barre. Les plus mal lotis sont les personnes âgées. Avec 250 pesos cubains de pension (environ 12 dollars), comment veux-tu t’en sortir si tu n’as pas quelqu’un qui t’aide ? Tu ne peux plus faire le taxi pendant la nuit. Et les conditions de logement et de soins de santé sont loin d’être idéales.
Le blocus ? la crise ? les ouragans ? Oui, le blocus, oui, la crise, oui, les ouragans. Mais aussi, surtout, l’économie cubaine en soi, le modèle économique cubain. Cette année, on a eu la meilleure récolte de tomates de tous les temps. La moitié est restée à pourrir dans les champs. Pourquoi ? par manque de caisses ! Parce qu’un Etat ne peut se charger de tout, de toutes les entreprises, de toute l’économie. Parce qu’il n’y avait tout simplement pas d’infrastructure suffisante prête et disponible pour fabriquer un surplus de caisses. Raúl est pragmatique, il parle moins que Fidel. S’il permettait, en l’encadrant et en la régulant, l’initiative privée à Cuba, par des Cubains, en appliquant aux entreprises un impôt très fort afin d’en obtenir un revenu et éviter la perte de contrôle, il y aurait des caisses pour les tomates.
Les accords avec le Venezuela ? Cela donne du pétrole. Mais les médecins qui sont envoyés là-bas, souvent, y restent.
Depuis dix ans, une amélioration ? non, pas vraiment. Une rehausse des salaires. Mais une détérioration désastreuse des infrastructures, des services.
« La cosa está candela » (la situation est terrible).

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