lundi 21 septembre 2009

1er jour.


En arrière-plan : le bureau des intérêts étatsuniens à Cuba, sur le Malecón. Face à lui, les drapeaux représentants les pays ayant été envahis par les Etats-Unis.


















La délégation : de gauche à droite : Gaby Jaenen (Secrétaire CG Limbourg), Fabrice Lamarque (Secrétaire CG Tournai), Geoffrey Goblet (Secrétaire CG Liège), notre guide à l'école syndicale, Carlos Soñora (Secrétaire SNTC nationale), Raúl (notre chauffeur tout au long de la semaine), Robert Verteneuil (Secrétaire fédéral CG), Rik Desmet (Secrétaire fédéral CG) et Lieven Vanhoutte (responsable des relations internationales CG Fédérale). (moi je prends la photo ;-)



Dimanche. Repos, après 24 heures de voyages et la mise à l’épreuve des 6 heures de décalage horaire dans La Habana by night (on était samedi soir, impossible de ne pas aller s’imprégner un instant des rythmes de salsa et de reggeaton qui font palpiter la ville à toutes ses enseignes). Accueillis à l’aéroport par trois des représentants de la CTC qui vont nous accompagner lors des visites et rencontres de cette semaine, nous en avons profité pour discuter des conditions dans lesquelles se trouve l’île et des difficultés économiques omniprésentes. Argelio, le Président du secteur Construcción, nous donne un exemple concret des conséquences de l’embargo : l’Etat a acheté il y a quelques années des machines et instruments de médecine (radiologie, scanner, traitement d’échantillons, etc.) à une firme étatsunienne spécialisée dans la fabrication et la réparation de ces engins. L’Etat américain ayant appris que cette firme avait traité avec Cuba, il lui a infligé une amende de 150 000 dollars et lui a interdit, sous peine de sanctions plus importantes, tout marché futur avec l’île. Résultat : il est impossible de remplacer ou de réparer les pièces des instruments usés ou avariés, et c’est tout un secteur qui s’en trouve fortement handicapé. Une autre difficulté rencontrée par la médecine est le manque de moyens humains, énormément de professionnels de la santé (environ 35 000) exerçant actuellement dans d’autres pays – soit via des accords de coopération (la majorité), soit de leur propre initiative.
Après l’heure et demie d’attente (d’on ne sait trop quoi) d’usage, nous arrivons enfin à l’hôtel. Il est minuit à Cuba, 6h en Belgique.

Notre hôtel se trouve sur la Rampa, large avenue qui relie le Malecón au quartier Vedado, situation idéale pour commencer notre promenade dominicale dans les rues havanaises. Cependant, on ne conseille cet hôtel à nos amis qu’en cas de dépannage urgent s’il n’y a vraiment plus rien d’autre..
La délégation part visiter un jardin botanique à la campagne, Geoffrey et moi décidons de rester en ville et d’en profiter pour « matar as saudades » (littéralement « tuer les nostalgies »), revoir les amis, les lieux, retrouver les odeurs, les sons, la chaleur moite allégée par le vent de la mer le long du Malecón. 9 ans ont passé depuis ma première arrivée dans cette ville, ils paraissent tantôt 9 siècles, tantôt 9 jours…
Les quartiers s’assemblent et ne se ressemblent pas, la Vieille Havane a à présent des airs de village toscan bien entretenu, trop entretenu, reconstruite uniquement pour les touristes, elle s’immobilise dans un artificialisme trop souvent flagrant, et n’est plus habitée du mouvement propre à un quartier qui vit.
A côté d’elle, dans son prolongement, le quartier de Centro Habana, non reconstruit ni pour les touristes ni pour les gens, tombe en ruines. Les rues moisissent sous des flaques d’égout non écoulées, les murs se décomposent, les appartements abritent souvent plusieurs familles dans des conditions peu décentes. Vétuste et délabrée, Centro Habana vit rude ; elle vit forte, elle vit rires et cris d’enfants, de tantes et de voisins, elle vit musique et rumba, elle vit triste, aussi, parfois, j’imagine…

Le Vedado, où nous sommes, est encore d’un tout autre style : anciennes maisons coloniales elles aussi souvent en piteux état, larges rues ombragées, l’air y circule, les boites de nuit et centres culturels y foisonnent, y est également abritée l’Université de la Havane, dont la qualité de l’enseignement n’est plus à prouver. Bordant la baie, longeant cet enchaînement de quartiers sur 5 kilomètres, refuge des flirts passagers, des musiciens et des poètes et rempart contre l’océan, s’étend le Malecón, ce large muret où maintes fois se sont assis des rêves vers un ailleurs trop souvent hors d’atteinte.

Les Etats-Unis n'ont pas d'ambassade à Cuba, mais bien un "bureau des intérêts américains", situé sur le Malecón. Pour narguer les-dits intérêts, le gouvernement a érigé face à ce bureau l'esplanade consacrée aux grands rassemblements, discours et manifestations célébrant la Révolution. Face à l'édifice, une scène et en lettres capitales "PATRIA O MUERTE VENCEREMOS", ainsi que, disposés également bien en face, 48 petits drapeaux noirs, correspondants aux 48 pays ayant été envahis par les Etats-Unis. Ils étaient beaucoup plus grand à l'époque de Bush, depuis Obama leur taille a rétréci en signe de confiance relative accordée au nouveau gouvernement étatsunien...

L’après-midi avait lieu le grand concert pour la paix sur la place de la Révolution. De nombreux artistes (entre autres, Silvio Rodriguez, les Orishas, Pedro Guerra, et bien sûr, Juanes) s’y produisaient tout au long de l’après-midi, il s’agissait sans aucun doute d’un événement majeur de l’année. Nous avons assisté au défilé vers la place de dizaines d’autocars de la jeunesse socialiste de tout le pays, des « centres de travail » (entreprises d’Etat), des délégations d’étudiants étrangers, principalement latino-américains. Selon les présentateurs TV, 700 000 personnes y étaient rassemblées. Nous avons goûté à l’ambiance sur place (voir photo), mais ne nous y sommes pas attardés car être au milieu de 700 000 personnes n’est pas spécialement l’expérience la moins oppressante que l’on puisse imaginer. Demain matin, les choses sérieuses commencent.

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