lundi 28 septembre 2009

Logement à La Havane : plans d'action

La Havane est belle, mais elle tombe en morceaux. Les magnifiques bâtisses coloniales d’antan se désagrègent, des morceaux de balcons prêts à s’écrouler sont scabreusement retenus par quelques poutres verticales, les escaliers sont en ruines, les murs s’effritent sous les assauts de l’humidité, les toits s’étiolent régulièrement de-ci de-là.
Dans Centro Habana, où le problème est le plus aigü, des familles entières vivent dans des maisons dont on se demande comment elles tiennent encore debout, ouvertes à tous les vents, parfois sans eau courante, se servant de citernes et de groupes électrogènes d’un autre âge.
Les ouragans d’une rare violence qui se sont succédés dernièrement ont rendu indispensable la mise en place d’une politique de relogement efficace et rapide.
Ainsi, l’Etat a organisé, via le Ministère de la Construction (MECON), un grand plan de réhabiliation et de construction. Celui-ci est organisé en deux systèmes : le premier consiste en une politique de construction d’immeubles d’habitations par les micro-brigades de la construction sollicitées par l’Etat : l’Etat passe un contrat pour la construction d’un nombre x de logement auprès d’une ou de plusieurs entreprises étatiques de la construction, qui envoie ainsi leurs travailleurs sur les chantiers. Cela se passe également ainsi pour les réhabilitations d’immeubles (peinture, réparations, installation et entretien des ascenseurs, …). Ces immeubles servent ensuite à reloger toute une série de personnes ayant soit perdu leur logement dans les ouragans (ceux-ci ont affecté quelque 680000 maisons et en ont totalement détruit 90 000 sur l’île), soit vivant dans des habitations trop vétustes que pour être réparées, soit ayant des problèmes de santé, de mobilité, de situation familiale… L’autre système est celui des brigades « micro-sociales » : l’Etat pourvoit aux familles dont les maisons doivent être démolies (car en trop mauvais état) les matériaux nécessaires à la construction de nouveaux logements, dans des quartiers encore plus ou moins vierges de La Havane. Sous la supervision des responsables de ces micro-brigades et du Ministère du logement, et aidées des voisins et de la famille, ces personnes participent ainsi pleinement à la construction de leur propre logement. Lorsqu’elles y habiteront, elles paieront entre 5 et 18 pesos cubains de loyer mensuel (calculé en fonction des revenus), ce qui équivaut à entre 0,20 et 0,75 dollar US.
Le mécanisme se répète ainsi en cascade au fur et à mesure, les personnes vivant dans les habitations vétustes allant dans les nouvelles tandis que les brigades de construction de l’Etat réparent ce qui peut être réparé, et démolissent ce qui croule. Lorsqu’une série de maisons ont été démolies, des nouvelles sont érigées où peuvent venir s’installer les familles des logements qu’il faut rafistoler.
L’objectif de ce plan est d’atteindre le chiffre de 10 000 logements (re)construits par an, cependant la crise économique mondiale a récemment fortement freiné le processus. Celui-ci a quand même permis de construire plus de logements en 3 ans (2006-2009 : 25000 nouveaux logements) que ce qui avait été fait sur les vingt dernières années - en effet, la "période spéciale" avait vu s'immobiliser, depuis le début des années '90, toute politique relative à l'habitat.
En arpentant les rues de La Havane, on se rend compte qu'il reste un fameux boulot.

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