dimanche 20 septembre 2009

Cuba

Aux yeux de certains regards attirante, à d’autres plus hostile, difficile en tout cas d’y être indifférent. Plages paradisiaques et souvenirs révolutionnaires s’en partagent l’image, reflets policés d’une réalité riche en contrastes, en découvertes, en hommes et femmes qui au quotidien rusent avec les tours d’un destin tantôt grisant, tantôt suffocant, souvent inquiétant, pas perdu pour autant…

Sortie péniblement de la « période spéciale » qui a suivi la chute de la puissante alliée commerciale soviétique dans les années nonante, et subissant toujours l’embargo étatsunien sur ses importations et exportations, l’île subit aujourd’hui de plein fouet une combinaison de facteurs supplémentaires qui accentuent la mise à mal de son développement économique : d’une part, la crise économique mondiale, qui a fait durement chuter le tourisme (devenu 2ème source de revenus du pays, derrière les envois de devises des Cubains exilés) ; d’autre part, la série d’ouragans très violents qui ont frappé l’île en 2008 et qui, en plus de susciter des dépenses phénoménales pour la reconstruction, ont profondément affecté les rentes agricoles du pays (sa troisième source de revenus).
Il n’est pas simple de vivre à Cuba. Si les aspects hautement positifs que sont l’accès entièrement gratuit aux soins de santé et à l’éducation, le très faible prix des loyers et des charges, et l’apport par l’Etat d’une partie minimale des denrées alimentaires de base, sont indéniables, ils sont cependant assombris par un embargo drastique maintenu depuis des décennies par les Etats-Unis (et re-prolongé par Obama), et des conditions créant un manque cruel des moyens humains et matériels qui permettraient de rendre réellement effective et efficace cette politique d’accessibilité voulue par l’Etat.
Certaines denrées alimentaires de base, telles que l’huile, coûtent, elles, l’équivalent d’un quart de salaire mensuel moyen. Les Cubains sont souvent amenés à cumuler les emplois pour vivre, et l’économie informelle est omniprésente.

Et la politique ?
Depuis quelques années, peu à peu, des évolutions se font sentir. La croissance des inégalités (sur « ces vingt dernières années, le taux de Cubains vivant dans des conditions de pauvreté urbaine, et dont les besoins de base ne sont pas satisfaits, est passé de 7 à 20 % » - nous livre dans un article du Monde Diplomatique Mayra Espina, sociologue cubaine – clin d’œil à Yannick ;-) ; la reconnaissance par Raúl Castro qu’il faut revoir et améliorer le modèle économique cubain ; l’élévation de moins en moins bâillonnée de voix prônant une plus grande liberté d’expression et de circulation (plusieurs personnalités politiques et culturelles, telles que la fille de Raúl Castro, se sont prononcée en faveur d’un assouplissement du régime) ; ainsi qu’une fracture générationnelle de plus en plus béante entre la jeunesse et la génération ayant connu la dictature de Batista et l’avènement de la Révolution,… tous ces facteurs contribuent, plus ou moins fortement et à des niveaux différents, à une irrépressible ouverture.
Cela ne signifie pas pour autant une totale négation des valeurs de justice sociale et d’égalité lovées dans les idéaux de la révolution. De nombreux groupes de réflexion – dont beaucoup de jeunes - se réunissent pour penser des alternatives à un système dont les failles ne se font que trop sentir, mais sans pour autant nier la voie socialiste, sans pour autant rejoindre les rangs des exilés de Miami, souvent positionnés à l’extrême droite de l’échiquier politique.
Ces réflexions seront-elles fécondes ? Nous ne pouvons que l’espérer.

Une illustration de cette ouverture en cours aura lieu pas plus tard que ce dimanche, avec l’entrée en scène lors du Concert pour la Paix sur la Place de la Révolution du Colombien Juanes (celui de la chanson « tengo la camisa negra »), autour de qui une polémique sans précédent n’a cessé d’enfler, opposant anti et pro-castristes mais réjouissant ceux qui justement voient dans la permission du concert de cet artiste hautement controversé un apaisement des obsessions d’unilatéralité observées jusqu’à un passé très récent dans le chef des autorités cubaines.

Cela, jusqu’à présent, on l’a lu… On vous dira bientôt ce que nous avons ressenti en arpentant les rues de La Havane, et ce qui ressort des « confessions » des quelques Cubaines et Cubains que l’on croisera en route, et avec qui on ne tardera sans doute pas à partager un ou deux mojitos..

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