lundi 28 septembre 2009

Fin de voyage..

Cuba constitue incontestablement un modèle de société « à part ». Le système social cubain est riche et ses qualités en matières de promotion de l’égalité, de l’accès à tous à l’éducation, aux soins de santé et au logement sont indéniables. Cela permet à l’île de ne pas souffrir d’une pauvreté endémique et mortelle telle qu’elle existe dans la plupart des pays d’Amérique latine. L’analphabétisme est quasi inexistant, et les Cubains sont les mieux formés d’Amérique latine. Grâce à de solides campagnes de prévention et d’assainissement, les maladies tropicales sont inexistantes (récemment, une grande mobilisation a eu lieu de la part du Ministère de la Santé contre le Dengue, dont l’expansion se fait fortement sentir dans beaucoup de pays du continent, et qui se rapprochait de Cuba dangereusement). Les conditions de vie sont cependant loin d’être idéales (voir extrait de la conversation avec ami géologue), et de gros dysfonctionnements assombrissent depuis trop longtemps la vie des Cubains, dont une majorité de la jeunesse ne pense qu’à une chose : partir.

Cuba, il faut le vivre, le sentir, s’y ouvrir, parler avec les Cubains, s’asseoir autour d’un rhum et écouter, entendre, rire aussi, car sans le rire et les blagues d’autodérision qui font la saveur de l’humour cubain, tout serait encore beaucoup plus difficile. Il faut s’imprégner de ses réalités, parcourir ses rues, découvrir ses artistes et ses écrivains. Ne pas nier que la liberté est relative, que s’exprimer librement n’est pas toujours permis et parfois puni (il y a actuellement 75 prisonniers politiques dans les prisons cubaines), qu’entrer et sortir librement du pays est un rêve encore lointain pour la plupart des Cubains (beaucoup tentent encore l’aventure par la mer, avec des moyens pour le moins précaires), et que la possibilité de vivre dans la dignité, pour nombreux d’entre eux, tient en grande partie aux « remesas » (argent en devises) envoyées par l’un ou l’autre membre de la famille exilé à l’étranger.
Ce projet de collaboration entre la Centrale générale et la SNTC est très intéressant, à la fois pour nous et pour les syndicalistes cubains, il permet de s’enrichir des connaissances et expériences mutuelles et de découvrir des réalités totalement différentes de celles que l’on a l’habitude de côtoyer. Puisse ce projet continuer dans cette voie et donner aux travailleurs cubains, mais aussi à nos équipes de délégués, toujours plus de possibilités d’apprendre, et de s’enrichir des expériences de vie et de travail présentes des deux côtés de l’Atlantique. Hasta la vista.

Affiches



"Lutter contre l'impossible et vaincre"












"De tous les programmes de la Révolution, celui que me plaît le plus est la transformation des prisons en écoles, car c'est le programme le plus humain, le plus juste, et le plus réellement socialiste". Fidel





















"Une révolution avec de l'énergie. En économisant plus, nous aurons plus"













"Nous voulons que vous soyez comme le Che". Fidel








"12 heures de blocus équivalent à la totalité de l'insuline annuelle nécessaire aux 64 mille patients du pays"









"50 ans [de révolution] et on continue pour toujours"









































"Liberté maintenant !"






"Cet absurde premier monde.
Il consomme les trois quarts de la production mondiale"











"On est en bonne voie"









"Révolution est unité"





A Cuba, aucune publicité dans les rues, mais bien d'immenses panneaux et affiches le long des routes et sur les ponts...

Réunion de clôture de la visite avec le Secrétariat de la CTC Construction




Après la remise de médailles, la photo derrière les drapeaux...










Dernier jour : rencontre avec le secrétariat de la SNTC pour les conclusions.




































Ce samedi, la matinée était consacrée aux conclusions de cette semaine d'évaluation du projet avec les représentants de la SNTC (Sindicato Nacional de los Trabajadores de la Construcción).

Rapports de notre chef de délégation Rik Desmet et du représentant CTC Quevedo, échanges d'impressions des membres de la SNTC et de la FGTB, remerciements à Carlos Soñora, qui nous a accompagné pendant toute la semaine, ainsi que Raúl, son chauffeur, qui nous a conduit partout avec le minibus loué pour la semaine. Impressions très positives des deux côtés. Nous avons été très bien accueillis dans tous les lieux visités, les compañeros de la CTC ont fait preuve d'une grande patience et d'immense disponibilité à notre égard. Le projet semble être mené à bien de façon efficace et très participative de la part des instructeurs formés, qui donnent à leur tour les formations dans leur province et que l'on a eu l'occasion de rencontrer au centre de loisirs de la CTC.

Surprise en fin de réunion : nous nous voyons attribuer par le Secrétaire général Quevedo une médaille "Armando Mestre", du nom d'un héros de la Révolution de '59, décoration attribuée d'habitude aux travailleurs ou syndicalistes de la Construction, qui apparemment est signe de grand honneur à Cuba.

Cette semaine nous a permis de mieux comprendre certains aspects de la société cubaine, principalement en termes de fonctionnement syndical, de processus de formation des travailleurs, de système de paiement des salaires, de protection et prévention, et bien sûr, de découvrir également de façon informelle, en marchant dans les rues, en parlant avec les gens, la réalité pas toujours rose d'une société qui se bat pour vivre dignement malgré une situation économique désastreuse.

Logement à La Havane : plans d'action

La Havane est belle, mais elle tombe en morceaux. Les magnifiques bâtisses coloniales d’antan se désagrègent, des morceaux de balcons prêts à s’écrouler sont scabreusement retenus par quelques poutres verticales, les escaliers sont en ruines, les murs s’effritent sous les assauts de l’humidité, les toits s’étiolent régulièrement de-ci de-là.
Dans Centro Habana, où le problème est le plus aigü, des familles entières vivent dans des maisons dont on se demande comment elles tiennent encore debout, ouvertes à tous les vents, parfois sans eau courante, se servant de citernes et de groupes électrogènes d’un autre âge.
Les ouragans d’une rare violence qui se sont succédés dernièrement ont rendu indispensable la mise en place d’une politique de relogement efficace et rapide.
Ainsi, l’Etat a organisé, via le Ministère de la Construction (MECON), un grand plan de réhabiliation et de construction. Celui-ci est organisé en deux systèmes : le premier consiste en une politique de construction d’immeubles d’habitations par les micro-brigades de la construction sollicitées par l’Etat : l’Etat passe un contrat pour la construction d’un nombre x de logement auprès d’une ou de plusieurs entreprises étatiques de la construction, qui envoie ainsi leurs travailleurs sur les chantiers. Cela se passe également ainsi pour les réhabilitations d’immeubles (peinture, réparations, installation et entretien des ascenseurs, …). Ces immeubles servent ensuite à reloger toute une série de personnes ayant soit perdu leur logement dans les ouragans (ceux-ci ont affecté quelque 680000 maisons et en ont totalement détruit 90 000 sur l’île), soit vivant dans des habitations trop vétustes que pour être réparées, soit ayant des problèmes de santé, de mobilité, de situation familiale… L’autre système est celui des brigades « micro-sociales » : l’Etat pourvoit aux familles dont les maisons doivent être démolies (car en trop mauvais état) les matériaux nécessaires à la construction de nouveaux logements, dans des quartiers encore plus ou moins vierges de La Havane. Sous la supervision des responsables de ces micro-brigades et du Ministère du logement, et aidées des voisins et de la famille, ces personnes participent ainsi pleinement à la construction de leur propre logement. Lorsqu’elles y habiteront, elles paieront entre 5 et 18 pesos cubains de loyer mensuel (calculé en fonction des revenus), ce qui équivaut à entre 0,20 et 0,75 dollar US.
Le mécanisme se répète ainsi en cascade au fur et à mesure, les personnes vivant dans les habitations vétustes allant dans les nouvelles tandis que les brigades de construction de l’Etat réparent ce qui peut être réparé, et démolissent ce qui croule. Lorsqu’une série de maisons ont été démolies, des nouvelles sont érigées où peuvent venir s’installer les familles des logements qu’il faut rafistoler.
L’objectif de ce plan est d’atteindre le chiffre de 10 000 logements (re)construits par an, cependant la crise économique mondiale a récemment fortement freiné le processus. Celui-ci a quand même permis de construire plus de logements en 3 ans (2006-2009 : 25000 nouveaux logements) que ce qui avait été fait sur les vingt dernières années - en effet, la "période spéciale" avait vu s'immobiliser, depuis le début des années '90, toute politique relative à l'habitat.
En arpentant les rues de La Havane, on se rend compte qu'il reste un fameux boulot.

Logement à La Havane



Début de Centro Habana















Rues de Centro Habana





























Les moyens du bord























Citernes d'eau plus très étanches
















"Danger : chute de toits"

samedi 26 septembre 2009

Echanges avec le délégué syndical du chantier


Ouvriers peintres en bâtiment


Ouvriers peintres en bâtiment en périphérie de La Havane


Le délégué syndical du chantier





Le nouveau système de paiement des salaires

Une transformation fondamentale est en train de s’opérer dans l’économie cubaine. Après avoir une première fois augmenté le salaire de base depuis deux-trois ans, le gouvernement a décidé d’instaurer un système de rémunération sous formes de primes à la productivité. Ces primes peuvent être calculées collectivement (augmentation plafonnée à 30 % du salaire de base) et individuellement, en fonction de critères tels que le nombre d’heures prestées, les qualifications liées au poste, les responsabilités assumées, ainsi que la productivité en tant que telle. Tout cela, via l’incontournable émulation.
Un travailleur de la construction peut ainsi gagner un salaire de base de 400 pesos cubains (l’équivalent de 15 dollars), qui, renforcé par ces primes émulatives, atteindra en fin de mois 800 ou 1000 pesos.
Comme nous avons eu l’occasion de le constater lors de la visite de chantiers mercredi, certains salaires restent calculés de manières difficilement compréhensible, l’ouvrier peintre travaillant sur un immeuble de 4 étage que nous avons interviewé gagnant deux fois plus que celui oeuvrant sur un édifice de 24 étages, dans des conditions de sécurité similaires.
Les primes liées à la productivité dépendent également de la fourniture en matières premières, ce qui peut constituer un élément fortement discriminant en fonction des chantiers où les travailleurs se trouvent. La livraison est censée s’effectuer de façon égale et proportionnelle sur tous les chantiers, mais il existe cependant des différences, et des travers.
Ce système de paiement à la productivité, largement soutenu et défendu par les syndicats, semble en général bénéficier de l’approbation des travailleurs. Il faut dire que les salaires, malgré les récentes augmentations dans tous les secteurs, restent tellement bas, que toute mesure permettant d’arrondir les fins de mois sont les bienvenues.
Une précision importante : les employés de bureau du secteur de la construction, dont le travail est moins pénible, reçoivent un salaire situé sur l’échelon le plus bas du secteur, et des primes proportionnellement plus basses aussi (primes collectives plafonnées à 15 % de la productivité globale, contre 30 % pour les ouvriers). Par exemple, le salaire d’une secrétaire dans les bureaux d’une entreprise de construction sera de 350 pesos, contre 530 pour un maçon de base.
Le rôle des instructeurs syndicaux dans les entreprises comprend l’explication globale et détaillée de ce nouveau système, ses tenants et aboutissants, et les recours qui existent en cas de litige entre un travailleur et sa direction (l’entièreté de la production réalisée par un travailleur, ainsi que ses heures prestées, sont reprises dans un registre, qui permet de suivre son parcours de productivité tout au long du mois, et d’avoir des données objectives sur lesquelles s’appuyer en cas de doute. Cela, dans la théorie. Il est possible que l’effectivité réelle de ce contrôle soit parfois moins précise.)
Une assemblée est organisée dans l’entreprise préalablement à l’application de ce système afin d’expliquer les objectifs et critères de celui-ci, et il n’est mis en place que s’il y a consensus des travailleurs sur la nouvelle mesure.
Une majorité de secteurs semble déjà l’avoir approuvée et mise en application.
A suivre également…

Synthèse visites et rencontres mercredi et jeudi




Les "Petrocasas", maisons en PVC données par le gouvernement vénézuélien à Cuba suite aux ouragans de l'an passé.











Rencontre avec le groupe de syndicalistes (issus de 11 pays d'Amérique latine) en formation à l'école syndicale de La Havane.









Fabrique de blocs de béton à Cienfuegos














Signature du jumelage entre les provinces de Cienfuegos et de Tournai, jeudi 24/09/09.







Samedi matin. Lever de soleil sur La Havane.
De retour dans la capitale après deux jours en province. Mercredi, toujours à La havane, visite de chantiers de la construction (peinture en bâtiment, entretiens d’ascenseurs). Occasion de rencontrer des délégués syndicaux sur le terrain, et d’ « enquêter » sur ce fameux système de paiement à la productivité. Les conditions salariales se sont révélées très différentes entre les deux chantiers visités, et ce en défaveur des ouvriers présents sur le building le plus haut – et donc le plus dangereux. A ce constat, les inspecteurs sociaux et les représentants du syndicat ont décidé de faire en sorte que ce point soit traité au sein de l’administration de l’entreprise. Rencontre avec l’ambassadeur de Belgique ensuite, « pour la forme ». Le soir, nous avions rendez-vous avec le groupe de syndicalistes latino-américains rencontrés l’avant-veille lors de la visite de l’école syndicale. Soirée riche en échanges sur les combats syndicaux menés dans les pays latinos, discussion sur les pistes d’action en commun qu’il serait possible de mettre en place pour unir nos combats, témoignages interpellants… Jeudi, départ pour Cienfuegos où nous avons rencontré la section Construction de Cienfuegos, avec laquelle la Régionale de Tournai s’est jumelée, dans le but d’une plus concrète collaboration et d’une meilleure communication entre les travailleurs des deux syndicats au niveau provincial (Liège est déjà jumelée avec Santiago, et Limbourg avec La Havane). La découverte du jour fut le lotissement des petrocasas, 106 maisons fabriquées en grande partie en PVC (renforcé par des structures métalliques et du ciment), et livrées « clé sur porte » par le gouvernement vénézuélien – dans le cadre de la collaboration pétrole contre médecins entre les deux pays- à la suite des ouragans qui ont frappé l’île l’an passé. Y sont relogés à la fois des victimes des cyclones, mais également des « échantillons » de personnes de toutes les professions, et de toutes les conditions. On y trouve ainsi tant des médecins, des ingénieurs, des professeurs, des membres du gouvernement, comme des gens en situation sociale et/ou familiale difficile (handicapés, personnes âgées, personnes nécessitant des soins médicaux constants, etc.). (voir photos).

Projet intéressant, géographiquement entouré de pancartes vantant les bienfaits de l’union des deux révolutions – cubaine et vénézuélienne. Deux bémols cependant : le gouvernement cubain a décidé de se lancer dans un chantier de construction de ces maisons (l’objectif à terme étant d’atteindre 10 000 nouvelles maisons par an), a récupéré la structure d’une entreprise à cette fin, mais il n’existe apparemment pas d’évaluation du budget planifiant les dépenses nécessaires à la mise en place de ce chantier, à l’achat des machines et des matières premières. Second bémol : ces maisons vont-elles résister aux prochains ouragans ?
A suivre, donc…

Visite aussi d'une fabrique de blocs de béton, conditions de travail rudimentaires (voir photo) sous une chaleur de tous les diables, ils travaillent à 4 autour d'une bétonnière : deux pour remplir le bac de ciment frais à placer dans la machine, un qui fait couler le ciment dans les moules pour les blocs, et un autre qui amène les blocs au soleil pour les faire sècher. Ils travaillent par tournantes de demi-heure, avec une pause entre chaque tournante, de 8h à 16h. Comme au reste des travailleurs dans leur majorité à Cuba, un dîner leur est apporté à la mi-journée. Salaire moyen : 400-500 pesos (16-20 dollars US).

Ce matin, nous allons rencontrer les « grand chefs » de la CTC Construction. Ce sera notre dernière matinée de travail, clôturant une semaine très riche en échanges et découvertes autour de la réalité des travailleurs de la construction cubains.

mardi 22 septembre 2009

Visite de l'école syndicale nationale




































Visite à l'école syndicale de La Havane



quelques photos

























La Place de la Révolution lors du concert pour la Paix


















El malecon
















Quelques points forts d’une conversation avec un ami géologue cubain.

« Le pays ne s’en sortira pas s’il continue dans cette voie. Les idées et valeurs de la Révolution sont très belles, je crois à la Révolution et au sens qu’elle a voulu donner, aux apports qu’elle a eus, aux progrès qu’elle a permis. Mais ici, maintenant, ils ne marchent plus. Ceci n’est pas – n’est plus – une révolution socialiste.
Les jeunes Cubains aujourd’hui ne veulent qu’une chose : s’en aller, quitter le pays. Comment expliquer qu’un médecin, pour vivre décemment, doit travailler comme chauffeur de taxi pendant la nuit après ses journées de travail ? Que quelqu’un qui ouvre les portes dans un hôtel gagne 15 fois plus qu’un professeur d’université, qu’un chirurgien, qu’un ingénieur ? Le problème, c’est que beaucoup de gens ne savent même plus comment vivre. Avec un salaire moyen (environ 20 dollars), on tient une semaine, deux en se serrant la ceinture. Le rationnement en denrées de base par l’Etat ne suffit pas, en quantité, à la couverture des besoins de base. La médecine et l’enseignement gratuit ? tout cela est en crise. On manque de profs dans les écoles, on manque de médecins et de matériel dans les hôpitaux. Si tu as une appendicite, on te soignera, avec les meilleurs professionnels de la santé, tu seras sortie en une heure, tu ne payeras pas un centime. En effet. Mais si tu es malade d’une maladie qui dure, si tu as besoin d’un suivi médical régulier, tu es mal barre. Les plus mal lotis sont les personnes âgées. Avec 250 pesos cubains de pension (environ 12 dollars), comment veux-tu t’en sortir si tu n’as pas quelqu’un qui t’aide ? Tu ne peux plus faire le taxi pendant la nuit. Et les conditions de logement et de soins de santé sont loin d’être idéales.
Le blocus ? la crise ? les ouragans ? Oui, le blocus, oui, la crise, oui, les ouragans. Mais aussi, surtout, l’économie cubaine en soi, le modèle économique cubain. Cette année, on a eu la meilleure récolte de tomates de tous les temps. La moitié est restée à pourrir dans les champs. Pourquoi ? par manque de caisses ! Parce qu’un Etat ne peut se charger de tout, de toutes les entreprises, de toute l’économie. Parce qu’il n’y avait tout simplement pas d’infrastructure suffisante prête et disponible pour fabriquer un surplus de caisses. Raúl est pragmatique, il parle moins que Fidel. S’il permettait, en l’encadrant et en la régulant, l’initiative privée à Cuba, par des Cubains, en appliquant aux entreprises un impôt très fort afin d’en obtenir un revenu et éviter la perte de contrôle, il y aurait des caisses pour les tomates.
Les accords avec le Venezuela ? Cela donne du pétrole. Mais les médecins qui sont envoyés là-bas, souvent, y restent.
Depuis dix ans, une amélioration ? non, pas vraiment. Une rehausse des salaires. Mais une détérioration désastreuse des infrastructures, des services.
« La cosa está candela » (la situation est terrible).

Le concept d’auto-émulation (prononcer « emoulaciónnn »)

Notre interlocutrice à l’école syndicale nous en a longuement vanté les bienfaits. Mais qu’est-ce donc que l’émulation ? Ce sur quoi se base la théorie syndicale cubaine de la discipline aux cours et au travail. Une « compétition fraternelle », a dit Che Guevara. Ainsi, les sortes de « délégués de classe » qui sont élus toutes les deux semaines pour veiller à la discipline au sein du groupe, organiser les événements du soir, vérifier les absences et les présences, la participation active des toutes et tous au processus de formation, étant chargés de faire rapport de tout cela à un responsable des formations en fin de journée ou de semaine, est qualifié d’«émulateur » par excellence. Quand on s’interroge sur l’éthique d’une pratique encourageant à la dénonciation, on nous répond que toutes les formations, l’infrastructure, le logement et les repas étant payés par l’ensemble des travailleurs, la moindre des choses est qu’ils participent activement à tous les moments de la formation.

L’émulation, c’est une « concurrence positive », vouloir faire mieux que son voisin et que soi-même auparavant, censée donner à toutes et tous l’envie et l’énergie de faire mieux et plus.
L’auto-émulation, c’est donc l’état d’esprit dans lequel doit se trouver le plus souvent possible tout travailleur ou étudiant dans la « société fraternelle » de Cuba.

L'équipe a eu tôt fait de s'approprier ce nouveau vocable, utilisé à toutes les sauces depuis lors et conjugué à toutes les personnes.

Visite de l'école syndicale nationale Lazzaro Peña

L’école syndicale de La Havane ferait pâlir d’envie les formateurs de nos centrales professionnelles et centres d’éducation permanente. Une infrastructure impressionnante et en très bon état, équipée en salles de cours, salles à manger, chambres, bibliothèque, musée, parc, bar et piste de danse, le tout dans un complexe éloigné du centre ville dans un cadre calme et verdoyant. De quoi faire émerger quelques idées…
Créée en 1975, elle répond à une nécessité ressentie par la CTC de former dans un même lieu les cadres syndicaux de l’ensemble du pays, et de toutes les centrales syndicales.
Des centres de formation existent cependant dans toutes les provinces et municipalités du pays, où sont formés les travailleurs de base et les délégués par des formateurs eux-mêmes formés dans l’école nationale. Il est indispensable, pour les cadres syndicaux de la CTC, de passer par les modules de formation de cette école s’ils veulent accéder à un quelconque poste à responsabilités au sein de l’organisation.

Le contenu des formations :
Celles-ci se présentent sous forme de modules, d’une durée allant d’une semaine à un mois. Ils ont pour objet des thématiques telles que les agrégats économiques, le droit social, la communication, la « direction scientifique » (en gros, = bases de l’administration des affaires), la « direction politique » l’idéologie et les valeurs du socialisme, la méthodologie, et bien entendu tous les sujets ayant trait spécifiquement aux pratiques syndicales (correspondant approximativement à ce que nous connaissons dans les formations de base pour les délégués, DS, CPPT, prises de parole, lecture d’un budget, etc.)

Dans les années 90, la CTC a développé, en collaboration avec le ministère de l’éducation, des formations permettant aux travailleurs et cadres syndicaux de suivre des cours du soir et du samedi leur donnant accès à des diplômes tels que le secondaire inférieur et supérieur, le graduat et même le diplôme universitaire. Cette dynamique a été instaurée lors de la « période spéciale », qui a suivi la chute du bloc soviétique, époque très difficile pour les Cubains qui ont vu leur principal partenaire commercial disparaître, tandis que l’embargo américain les étranglait. Ils pouvaient ainsi commencer à travailler pour manger tous les jours, tout en continuant à se former. A l’heure actuelle, ces parallèles n’existent plus dans l’école des cadres syndicaux.
Des tests sont organisés à la fin de chaque module, avec à la clé des certificats et éventuellement un grade correspondant à la façon dont les travailleurs se sont distingués tout au long de la formation.


Les étudiants : ils sont un maximum de cinquante par modules, et sont en général des cadres syndicaux de l’ensemble des provinces cubaines, dont le rôle sera ensuite de former leurs cadres de base et travailleurs. Ils sont « choisis » par leurs supérieurs en fonction de leurs aptitudes de base et de leur motivation. La hiérarchie s’établit de façon territoriale, en fonction du rayon d’action sur lequel s’établissent les référents en matières de formation, mais aussi d’intervention auprès des entreprises :
Travailleurs de base
Centres de travail (c’est comme ça qu’ils appellent les entreprises)
Municipalités (communes)
Provinces
Secrétariat national

Participent également aux formations de cette école énormément de travailleurs étrangers, principalement latino-américains, mais aussi certains cadres espagnols. Nous avons eu l’occasion de visiter une classe formée de travailleurs de 11 nationalités différentes, tous latino-américains, groupe que nous allons rencontrer demain (mercredi) soir de manière plus informelle pour échanger sur les systèmes de formations, leurs expériences ici en termes de formation syndicale, etc.
Jusque fin des années 90, des cours étaient également organisés pour des Africains issus des pays anglophones et lusophones, mais ces modules ont été suspendus pour le moment.
Les formations pour les travailleurs étrangers se donnent « à la carte », en fonction des disponibilités de timing et de professeurs. Ils peuvent faire des demandes spécifiques en termes de contenu. Le prix d’une telle formation coûte environ 380 dollars pour trois semaines, incluant les cours (toute la journée), le logement, trois repas quotidiens, les visites et le matériel pédagogique.

Le financement : Le fonctionnement de cette école est financé par, d’une part, les cotisations des travailleurs (1% du salaire est prélevé à chaque travailleur – 98 % des travailleurs sont affiliés à la CTC), et d’autre part par les apports des subventions internationales, via des projets tels que le nôtre. Ceux-ci constituent cependant des financements ponctuels. Selon d’autres sources, les enseignants sont payés par l’Etat, mais nos interlocuteurs nous assurent que ce n’est pas le cas. Le doute persiste…

Mardi

Mardi s’achève, la lumière penche et fait briller la mer, le vent souffle fort, le ciel est bleu. Grande chaleur encore aujourd’hui. Hier, lundi, visite de l’école syndicale nationale et de la Vieille havane, aujourd’hui visite d’une micro-brigade de la construction (notes à venir) et rencontre avec les camarades du secrétariat de la CTC Construction, avec qui le projet est mené à bien et qui organisent les formations des instructeurs sur la sécurité et la santé au travail, et sur le système des salaires (ce terme désigne la nouvelle politique adoptée par le gouvernement en termes de salaires, à savoir une partie de celui-ci émanant de la productivité du travailleur, d’une part, de l’entreprise, de l’autre. Une émulation (voir présentation).
On a visité leurs locaux, ils nous ont donné les dernières nouvelles du projet, résultats positifs en termes de formation, plus de cinquante instructeurs ont été formés dans ces locaux et ont à leur tour formé des cadres syndicaux dans leurs provinces respectives.
Seul point noir de ce projet : le manque de communication, ils donnent peu de nouvelles et ne participent pas aux rencontres internationales organisées lors des congrès ou autres événements de la Centrale générale, ce qui porte préjudice à la connaissance mutuelle et à un suivi régulier du projet. Demain, nous rendrons visite à l’ambassadeur de Belgique à Cuba, sur qui il est apparemment utile de pouvoir compter dans certaines situations.

lundi 21 septembre 2009

1er jour.


En arrière-plan : le bureau des intérêts étatsuniens à Cuba, sur le Malecón. Face à lui, les drapeaux représentants les pays ayant été envahis par les Etats-Unis.


















La délégation : de gauche à droite : Gaby Jaenen (Secrétaire CG Limbourg), Fabrice Lamarque (Secrétaire CG Tournai), Geoffrey Goblet (Secrétaire CG Liège), notre guide à l'école syndicale, Carlos Soñora (Secrétaire SNTC nationale), Raúl (notre chauffeur tout au long de la semaine), Robert Verteneuil (Secrétaire fédéral CG), Rik Desmet (Secrétaire fédéral CG) et Lieven Vanhoutte (responsable des relations internationales CG Fédérale). (moi je prends la photo ;-)



Dimanche. Repos, après 24 heures de voyages et la mise à l’épreuve des 6 heures de décalage horaire dans La Habana by night (on était samedi soir, impossible de ne pas aller s’imprégner un instant des rythmes de salsa et de reggeaton qui font palpiter la ville à toutes ses enseignes). Accueillis à l’aéroport par trois des représentants de la CTC qui vont nous accompagner lors des visites et rencontres de cette semaine, nous en avons profité pour discuter des conditions dans lesquelles se trouve l’île et des difficultés économiques omniprésentes. Argelio, le Président du secteur Construcción, nous donne un exemple concret des conséquences de l’embargo : l’Etat a acheté il y a quelques années des machines et instruments de médecine (radiologie, scanner, traitement d’échantillons, etc.) à une firme étatsunienne spécialisée dans la fabrication et la réparation de ces engins. L’Etat américain ayant appris que cette firme avait traité avec Cuba, il lui a infligé une amende de 150 000 dollars et lui a interdit, sous peine de sanctions plus importantes, tout marché futur avec l’île. Résultat : il est impossible de remplacer ou de réparer les pièces des instruments usés ou avariés, et c’est tout un secteur qui s’en trouve fortement handicapé. Une autre difficulté rencontrée par la médecine est le manque de moyens humains, énormément de professionnels de la santé (environ 35 000) exerçant actuellement dans d’autres pays – soit via des accords de coopération (la majorité), soit de leur propre initiative.
Après l’heure et demie d’attente (d’on ne sait trop quoi) d’usage, nous arrivons enfin à l’hôtel. Il est minuit à Cuba, 6h en Belgique.

Notre hôtel se trouve sur la Rampa, large avenue qui relie le Malecón au quartier Vedado, situation idéale pour commencer notre promenade dominicale dans les rues havanaises. Cependant, on ne conseille cet hôtel à nos amis qu’en cas de dépannage urgent s’il n’y a vraiment plus rien d’autre..
La délégation part visiter un jardin botanique à la campagne, Geoffrey et moi décidons de rester en ville et d’en profiter pour « matar as saudades » (littéralement « tuer les nostalgies »), revoir les amis, les lieux, retrouver les odeurs, les sons, la chaleur moite allégée par le vent de la mer le long du Malecón. 9 ans ont passé depuis ma première arrivée dans cette ville, ils paraissent tantôt 9 siècles, tantôt 9 jours…
Les quartiers s’assemblent et ne se ressemblent pas, la Vieille Havane a à présent des airs de village toscan bien entretenu, trop entretenu, reconstruite uniquement pour les touristes, elle s’immobilise dans un artificialisme trop souvent flagrant, et n’est plus habitée du mouvement propre à un quartier qui vit.
A côté d’elle, dans son prolongement, le quartier de Centro Habana, non reconstruit ni pour les touristes ni pour les gens, tombe en ruines. Les rues moisissent sous des flaques d’égout non écoulées, les murs se décomposent, les appartements abritent souvent plusieurs familles dans des conditions peu décentes. Vétuste et délabrée, Centro Habana vit rude ; elle vit forte, elle vit rires et cris d’enfants, de tantes et de voisins, elle vit musique et rumba, elle vit triste, aussi, parfois, j’imagine…

Le Vedado, où nous sommes, est encore d’un tout autre style : anciennes maisons coloniales elles aussi souvent en piteux état, larges rues ombragées, l’air y circule, les boites de nuit et centres culturels y foisonnent, y est également abritée l’Université de la Havane, dont la qualité de l’enseignement n’est plus à prouver. Bordant la baie, longeant cet enchaînement de quartiers sur 5 kilomètres, refuge des flirts passagers, des musiciens et des poètes et rempart contre l’océan, s’étend le Malecón, ce large muret où maintes fois se sont assis des rêves vers un ailleurs trop souvent hors d’atteinte.

Les Etats-Unis n'ont pas d'ambassade à Cuba, mais bien un "bureau des intérêts américains", situé sur le Malecón. Pour narguer les-dits intérêts, le gouvernement a érigé face à ce bureau l'esplanade consacrée aux grands rassemblements, discours et manifestations célébrant la Révolution. Face à l'édifice, une scène et en lettres capitales "PATRIA O MUERTE VENCEREMOS", ainsi que, disposés également bien en face, 48 petits drapeaux noirs, correspondants aux 48 pays ayant été envahis par les Etats-Unis. Ils étaient beaucoup plus grand à l'époque de Bush, depuis Obama leur taille a rétréci en signe de confiance relative accordée au nouveau gouvernement étatsunien...

L’après-midi avait lieu le grand concert pour la paix sur la place de la Révolution. De nombreux artistes (entre autres, Silvio Rodriguez, les Orishas, Pedro Guerra, et bien sûr, Juanes) s’y produisaient tout au long de l’après-midi, il s’agissait sans aucun doute d’un événement majeur de l’année. Nous avons assisté au défilé vers la place de dizaines d’autocars de la jeunesse socialiste de tout le pays, des « centres de travail » (entreprises d’Etat), des délégations d’étudiants étrangers, principalement latino-américains. Selon les présentateurs TV, 700 000 personnes y étaient rassemblées. Nous avons goûté à l’ambiance sur place (voir photo), mais ne nous y sommes pas attardés car être au milieu de 700 000 personnes n’est pas spécialement l’expérience la moins oppressante que l’on puisse imaginer. Demain matin, les choses sérieuses commencent.

dimanche 20 septembre 2009

Le projet

C’est en 2005 qu’a débuté ce projet de coopération syndicale entre la CTC Construcción de Cuba et la Centrale générale de la FGTB. Créée en 1939, la CTC est le seul syndicat cubain, et sa branche « construction » compte à l’heure actuelle un peu plus de 205 000 affiliés.
L’objectif du projet : permettre aux ouvriers de la construction faisant partie des micro-brigades sociales de se doter des moyens d’assurer leur sécurité sur leur lieu de travail. Ces micro-brigades sont des coopératives dont la mission consiste à construire des habitations, dans le but de favoriser l’accès au logement à tout un chacun. L’ouvrier qui s’y investit participe de cette façon à la construction des logements de ses camarades ainsi que du sien et ce, dans le cadre d’un même projet.
La mise en œuvre de ce projet passe tout d’abord par a formation des délégués syndicaux, d’une part, à l’acquisition des connaissances nécessaires à l’application des différentes normes à respecter en termes de santé et sécurité au travail, et d’autre part, à la législation existante en termes de normes salariales. Ces délégués transmettent ensuite leurs acquis aux ouvriers sur le terrain, le but étant également de conscientiser l’ensemble des travailleurs sur la nécessité d’observer les règles de sécurité et d’hygiène de base sur les chantiers et dans les locaux communs aux travailleurs, et de vérifier que ces normes sont effectivement mises en œuvre et respectées.

Les formations se donnent plusieurs fois par an, à la fois à La Havane et dans les provinces de Cuba.

Outre cet aspect didactique, qui constitue le socle du projet, le financement apporté par la Centrale générale permet également l’acquisition, dans les différents centres de formations, du matériel nécessaire au bon déroulement de ces dernières (matériel pédagogique, ordinateurs, imprimantes, tables, bancs, tableaux, etc.).

La mission de la délégation ici présente consistera à rencontrer les formateurs et délégués formés des brigades sociales, visiter l’école syndicale de La Havane, ainsi que les représentants pour les formations de Santiago et Cienfuegos, et de prendre le pouls, à mi-parcours, des avancées qui ont pu être effectuées, des obstacles éventuellement rencontrés. Enfin, last but certainly not least, cette mission permettra de s’imprégner d’une réalité qui diffère de la nôtre, d’un monde du travail en rien comparable avec celui qui nous est familier, de conceptions du syndicalisme différentes de celles qui nous habitent. Il est en effet indispensable de garder en permanence à l’esprit ce b.a.b.a. culturel, sociologique et anthropologique fondamental, si l’on veut éviter des comparaisons, assimilations ou parallèles trop hâtifs qui n’auraient pour résultat que de mener à une européocentriste incompréhension.

Cuba

Aux yeux de certains regards attirante, à d’autres plus hostile, difficile en tout cas d’y être indifférent. Plages paradisiaques et souvenirs révolutionnaires s’en partagent l’image, reflets policés d’une réalité riche en contrastes, en découvertes, en hommes et femmes qui au quotidien rusent avec les tours d’un destin tantôt grisant, tantôt suffocant, souvent inquiétant, pas perdu pour autant…

Sortie péniblement de la « période spéciale » qui a suivi la chute de la puissante alliée commerciale soviétique dans les années nonante, et subissant toujours l’embargo étatsunien sur ses importations et exportations, l’île subit aujourd’hui de plein fouet une combinaison de facteurs supplémentaires qui accentuent la mise à mal de son développement économique : d’une part, la crise économique mondiale, qui a fait durement chuter le tourisme (devenu 2ème source de revenus du pays, derrière les envois de devises des Cubains exilés) ; d’autre part, la série d’ouragans très violents qui ont frappé l’île en 2008 et qui, en plus de susciter des dépenses phénoménales pour la reconstruction, ont profondément affecté les rentes agricoles du pays (sa troisième source de revenus).
Il n’est pas simple de vivre à Cuba. Si les aspects hautement positifs que sont l’accès entièrement gratuit aux soins de santé et à l’éducation, le très faible prix des loyers et des charges, et l’apport par l’Etat d’une partie minimale des denrées alimentaires de base, sont indéniables, ils sont cependant assombris par un embargo drastique maintenu depuis des décennies par les Etats-Unis (et re-prolongé par Obama), et des conditions créant un manque cruel des moyens humains et matériels qui permettraient de rendre réellement effective et efficace cette politique d’accessibilité voulue par l’Etat.
Certaines denrées alimentaires de base, telles que l’huile, coûtent, elles, l’équivalent d’un quart de salaire mensuel moyen. Les Cubains sont souvent amenés à cumuler les emplois pour vivre, et l’économie informelle est omniprésente.

Et la politique ?
Depuis quelques années, peu à peu, des évolutions se font sentir. La croissance des inégalités (sur « ces vingt dernières années, le taux de Cubains vivant dans des conditions de pauvreté urbaine, et dont les besoins de base ne sont pas satisfaits, est passé de 7 à 20 % » - nous livre dans un article du Monde Diplomatique Mayra Espina, sociologue cubaine – clin d’œil à Yannick ;-) ; la reconnaissance par Raúl Castro qu’il faut revoir et améliorer le modèle économique cubain ; l’élévation de moins en moins bâillonnée de voix prônant une plus grande liberté d’expression et de circulation (plusieurs personnalités politiques et culturelles, telles que la fille de Raúl Castro, se sont prononcée en faveur d’un assouplissement du régime) ; ainsi qu’une fracture générationnelle de plus en plus béante entre la jeunesse et la génération ayant connu la dictature de Batista et l’avènement de la Révolution,… tous ces facteurs contribuent, plus ou moins fortement et à des niveaux différents, à une irrépressible ouverture.
Cela ne signifie pas pour autant une totale négation des valeurs de justice sociale et d’égalité lovées dans les idéaux de la révolution. De nombreux groupes de réflexion – dont beaucoup de jeunes - se réunissent pour penser des alternatives à un système dont les failles ne se font que trop sentir, mais sans pour autant nier la voie socialiste, sans pour autant rejoindre les rangs des exilés de Miami, souvent positionnés à l’extrême droite de l’échiquier politique.
Ces réflexions seront-elles fécondes ? Nous ne pouvons que l’espérer.

Une illustration de cette ouverture en cours aura lieu pas plus tard que ce dimanche, avec l’entrée en scène lors du Concert pour la Paix sur la Place de la Révolution du Colombien Juanes (celui de la chanson « tengo la camisa negra »), autour de qui une polémique sans précédent n’a cessé d’enfler, opposant anti et pro-castristes mais réjouissant ceux qui justement voient dans la permission du concert de cet artiste hautement controversé un apaisement des obsessions d’unilatéralité observées jusqu’à un passé très récent dans le chef des autorités cubaines.

Cela, jusqu’à présent, on l’a lu… On vous dira bientôt ce que nous avons ressenti en arpentant les rues de La Havane, et ce qui ressort des « confessions » des quelques Cubaines et Cubains que l’on croisera en route, et avec qui on ne tardera sans doute pas à partager un ou deux mojitos..